lundi 28 mars 2022

15:17

Gemayel déplore une justice à double vitesse et appelle à l'élection de vrais Hommes d'Etat

La source: Kataeb.org

Le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, a appelé à sanctionner la classe dirigeante lors des élections législatives prévues le 15 mai prochain. Dans une interview accordée à l’émission « Sawt el Nass » en diffusion simultanée sur la plateforme en ligne « SBI » et sur la chaîne de télévision libanaise « LBCI », Gemayel a rappelé qu’à plusieurs reprises son parti avait mis en garde contre l’effondrement économique du Liban.

« Cela fait depuis 2016 que nous mettions en garde contre un effondrement économique du pays. Nous nous sommes toujours basés sur les rapports de la Banque mondiale, les indicateurs économiques, les chiffres annuels du déficit public et de la balance des paiements. Tout le monde était conscient de la crise vers laquelle on se dirigeait, sauf la classe au pouvoir qui nous accusait de populisme et nous en payons aujourd'hui lourdement le prix », a estimé Gemayel, candidat à l’un des quatre sièges maronites du caza du Metn.

Et d’ajouter : « La classe dirigeante est responsable de l’explosion du déficit de l’Etat, le Hezbollah a pour sa part isolé le Liban, plaçant le pays sous la menace des sanctions internationales, et les politiques financières de la Banque du Liban sont également à l'origine de l'effondrement. Il doit y avoir un pouvoir judiciaire indépendant qui examine le travail de la BDL et qui rende des comptes. La classe politique aurait dû démettre Riad Salamé de ses fonctions. Elle a pourtant renouvelé à l’unanimité le mandat du gouverneur de la BDL, aujourd’hui accusé de détournement massif de fonds publics par des magistrats européens et d’enrichissement illicite par la justice libanaise. La classe politique doit donc assumer la responsabilité de ses actes. »

Gemayel a dit ne plus avoir confiance en l’institution judiciaire, déplorant une justice à double vitesse.

« Nous pouvons être contre Riad Salamé et, en même temps, contre la façon dont la juge Ghada Aoun se comporte. Prenons l’exemple de la double explosion au port de Beyrouth. Pourquoi l’enquête a été suspendue ? Et bien parce qu’il y a une ingérence dans le travail de la justice, et il y a ceux qui empêchent le juge Tarek Al-Bitar de faire son travail, bien que l’ensemble de l’appareil judiciaire se soit tenu à ses côtés. Il y a aussi l’affaire Mecattaf. La société de transfert de fonds, fondée depuis 60 ans, jouit d’une forte crédibilité auprès des institutions internationales. Nous ne comprenons toujours pas ce qui s’est passé, d’autant plus qu’aucune poursuite n'a encore été entamée. Voici une justice à double vitesse. Les travaux d’un juge soutenus par certains politiciens ! Cela n’arriverait jamais dans un autre pays », a indiqué Gemayel.

Le chef des Kataëb a en outre tiré à boulets rouges contre le compromis de 2016 qui a intronisé le candidat du Hezbollah (Michel Aoun) à la présidence de la république.

« Ce compromis a consacré l’arrivée du Hezbollah à la tête de l’État. Le Hezbollah s’est emparé de la présidence de la république en donnant à son candidat (Michel Aoun) les rênes de la magistrature suprême. Ce compromis a également pavé la voie à l’adoption d’une loi électorale qui, nous le savions, donnerait au Hezbollah la majorité au parlement. Le parti Kataëb était le seul à se dresser vent debout contre tout ce qui se tramait au sein du pouvoir. Le 17 octobre 2019, le peuple libanais a réalisé l’ampleur des crimes commis par la classe dirigeante à son encontre et s’est soulevé contre cette réalité. Le parti Kataëb demeurera fidèle à ses principes et ne fera aucun compromis, peu importe les menaces et les tentations auxquelles il est exposé », a précisé Gemayel.

Et d’ajouter : « Quand Amine Gemayel a remis le pouvoir à Michel Aoun, le général incarnait le symbole de la souveraineté et de la confrontation (avec le régime syrien). Il appartenait à l’école de Bachir Gemayel et n’était pas un collaborateur. De 1990 à 2005, le général Aoun incarnait toujours le symbole de la lutte contre les armes du Hezbollah et contre l’occupation syrienne. Mais en 2016, Michel Aoun était le candidat du Hezbollah à la présidence de la république, défendant les incidents armés du 7 mai et la présence des armes du Hezbollah. Nous voulons vivre dans un pays où les conditions de vie sont semblables à celles des pays européens. Le Liban est un petit pays et devrait se doter de responsables ayant une vision honnête. Les prochaines élections sont l’occasion d’élire de jeunes hommes et femmes crédibles, compétents et ayant une vision claire du changement. Afin de pouvoir constituer une force pro-changement au sein du parlement, il faut que le citoyen vote de façon juste. Les solutions sont claires et rapides et le projet électoral du Parti Kataëb présente des mesures pratiques pouvant sauver le pays. »

Gemayel a estimé nécessaire de mettre un terme à la logique milicienne qui mine la gouvernance de l’Etat depuis les années de la guerre civile. Selon le leader des Kataëb, seuls de vrais hommes d’Etat pourront conduire le Liban à bon port, favorisant l’intérêt du peuple et non leurs intérêts personnels comme le suggère la logique milicienne. « Ces hommes d’Etat devraient aimer le peuple libanais car les dirigeants actuels détestent le peuple. À l’époque de l’occupation syrienne, nous étions avec le peuple. Nous sommes restés aux côtés du peuple pendant toute la période qui a connu des assassinats politiques, lors de la révolution du 14 mars 2005 et lors de la révolution du 17 octobre 2019. Nous ne quitterons pas le pays. Nous ne l’abandonnerons. Nous ne capitulerons pas et nous défendrons le peuple libanais. Le Hezbollah considère qu’il est du devoir de l’Etat de protéger sa branche armée. Notre objectif est que le Liban soit protégé par son Etat et son armée, et non par un État parallèle et une armée parallèle », a affirmé Gemayel.

Et de poursuivre : « J’ai confiance en l’armée et j’ai confiance qu’elle peut protéger tous les Libanais. Il faudrait que l’armée soit à l’avant-garde. Nous devons tous soutenir l’institution militaire et les institutions constitutionnelles devraient elles aussi apporter leur plein soutien à l’armée. Cela nécessite un État fort et des hommes d’État, car en affaiblissant l’armée c’est aussi l’Etat qui s’affaiblit. »

Gemayel a appelé le chef du parti des Forces Libanaises, Samir Geagea, a coupé tous les ponts avec la classe dirigeante, notamment ceux le liant au camp socialiste de Walid Joumblatt, et au parti du président du Parlement, Nabih Berry, perçu par le leader des FL comme un symbole de garantie.

« Nous avons voté pour Samir Geagea à chaque session parlementaire consacrée à l’élection d’un nouveau président de la république. Toutefois, un différend est survenu entre nos deux partis en raison du compromis présidentiel que nous avons rejeté, alors que les FL l’ont soutenu » a noté Gemayel.

Le chef des Kataëb a par ailleurs indiqué que la formation de la liste des candidats Kataëb au Metn allait bientôt s’achever, soulignant que des efforts étaient en cours pour rassembler dans une même liste des indépendants, des personnes issues de la révolution du 17 octobre, et le parti Kataëb.

« Nous sommes en négociation avec les forces pro-changement dans toutes les régions du Liban et nous avons fait des sacrifices car le parti Kataëb œuvre au service du Liban. Nous ne participerons pas à un gouvernement contrôlé par le Hezbollah. » a enfin assuré Gemayel.